⌛️ Le prochain Peter Lynch ?
Je deviens analyste financier actions.
Hello ! 👋
Je vais être transparent avec toi dès la première ligne : je ne suis pas un professionnel de la finance. Je suis un étudiant qui, il y a presque 3 ans, s’est passionné pour l’investissement, a lu beaucoup trop de livres (Peter Lynch, Benjamin Graham, Morgan Housel…), et a fini par lancer Passiv Invest pour partager tout ça avec toi.
Alors quand je te raconte ce qui m’arrive, ce n’est pas pour me la jouer. Le 1er juillet, j’ai commencé un stage de 6 mois en tant qu’analyste financier actions. C’est une étape qui me dépasse encore un peu, et j’avais surtout envie de t’emmener avec moi pour t’expliquer ce que ça veut dire concrètement.
Tu lis des analyses financières un peu partout. Sur X, dans la presse, dans des notes de courtiers que certains partagent. Mais on ne se demande pas souvent qui les écrit, ni surtout pourquoi.
Parce que derrière ce mot un peu fourre-tout d’analyste, il y a en réalité deux métiers très différents, avec des intérêts qui ne sont pas les mêmes. Et c’est une distinction que je trouve passionnante, parce qu’elle change pas mal la façon de lire ce qu’on nous met sous les yeux.
Dans cette édition, je te propose donc de passer dans les coulisses de la Bourse. On va voir la différence entre les deux côtés du marché, ce que je vais concrètement faire dans ce stage, et je veux aussi te dire honnêtement ce que ça change, et ce que ça ne change pas, pour les analyses que tu lis ici.
Deux métiers, un même nom
Commençons par le côté que tu connais déjà sans forcément le savoir : le sell-side. Ce sont les analystes qui travaillent dans les banques et les sociétés de courtage, comme Goldman Sachs ou JP Morgan à l’international, ODDO BHF ou Kepler Cheuvreux en France. Leur métier consiste à produire de la recherche sur des entreprises cotées, puis à la diffuser à leurs clients investisseurs.
Le point clé, c’est leur modèle économique. Une partie de la valeur qu’ils créent est historiquement liée aux commissions générées quand les clients passent des ordres, et aux relations d’affaires que la banque entretient avec les entreprises qu’elle couvre. Ça ne veut pas dire que leur travail est malhonnête, loin de là, il est souvent excellent. Mais leur intérêt n’est pas neutre : un analyste sell-side a structurellement intérêt à ce que ça bouge, à ce qu’on parle de ses dossiers, à publier.
C’est d’ailleurs pour ça que, si tu regardes les recommandations des courtiers, tu trouveras une nette majorité d’avis « Acheter » et très peu de « Vendre ». Difficile de conseiller de vendre l’action d’une entreprise avec qui ta banque espère faire des affaires demain. 🔴
En face, il y a le buy-side. Ce sont les analystes qui travaillent directement à l’intérieur des structures qui achètent et détiennent les actions : les sociétés de gestion, les fonds, les family offices. C’est de ce côté-là que je viens d’arriver.
La différence est fondamentale. Un analyste buy-side ne publie rien, ne cherche à plaire à personne, et ne touche aucune commission sur les transactions. Son seul juge, c’est la performance du fonds. Si son analyse est juste, le fonds gagne de l’argent. Si elle est fausse, il en perd, et ça se voit tout de suite. En clair, de ce côté de la table, tu n’as pas besoin d’avoir l’air intelligent, tu as juste besoin d’avoir raison.
Pendant ces dernières années, j’ai analysé des entreprises en tant qu’observateur, depuis mon canapé. Là, je découvre le côté où l’on engage une conviction avec de l’argent qui n’est pas le sien. Autant te dire que ça remet vite les idées en place.
Ce que je vais faire concrètement
Concrètement, un stage d’analyste buy-side, ce n’est pas regarder des courbes défiler sur 6 écrans en criant dans un téléphone. L’image d’Épinal du trader n’a pas grand-chose à voir avec ce métier, qui ressemble bien plus à un travail d’enquête patient qu’à un film hollywoodien.
Donc en gros, je ne serais pas ce gars. 👇
Mes journées vont surtout ressembler à ça : choisir une entreprise, la décortiquer, comprendre son modèle et ses risques, essayer d’estimer ce qu’elle vaut, puis défendre mon idée devant des gérants bien plus expérimentés que moi.
Parce que face à un gérant qui gère l’épargne de centaines de clients, une belle histoire ne suffit pas. Il va chercher la faille, me demander pourquoi je me trompe, attaquer ma thèse sous tous les angles. Je vais sûrement me planter, souvent, surtout au début. Mais apprendre à défendre une idée devant quelqu’un dont le métier est de la démonter, c’est exactement le genre de confrontation qui fait progresser vite.
Et si j’ai de la chance, c’est sur l’endroit où j’atterris. J’ai rejoint une société de gestion française indépendante dont la philosophie ressemble beaucoup à la mienne : des entreprises de qualité, une vision de long terme, loin de l’agitation permanente des marchés. Je vais donc passer mes journées à faire ce que je défends ici depuis le début, mais cette fois avec un cadre, des outils, et surtout des gens pour me reprendre quand je dis des bêtises.
L'avantage de l'amateur
Philip Fisher, un des plus grands investisseurs du XXᵉ siècle (et une des grandes inspirations de Warren Buffett), avait un mot pour ça : le “scuttlebutt”. L’idée, c’est d’aller chercher l’information sur le terrain plutôt que dans les rapports : parler aux clients de l’entreprise, à ses fournisseurs, et même à ses concurrents.
Fisher expliquait que si les concurrents eux-mêmes respectent et craignent une entreprise, c’est souvent un meilleur signal que n’importe quelle ligne d’un bilan. Il ajoutait que cette méthode aurait évité à n’importe qui d’acheter des désastres comme Enron, parce que les gens du secteur, eux, savaient.
Et ce point m’amène à une vérité que beaucoup de débutants ignorent : pour bien investir, tu n’as pas forcément besoin de bosser dans la finance.
Le meilleur exemple, c’est Peter Lynch. Entre 1977 et 1990, il a géré le fonds Magellan chez Fidelity et a généré environ 29% par an. Et son obsession, c’était de répéter que l’investisseur amateur possède un avantage naturel sur les pros.
Lynch appelait ça “l’edge de l’amateur”. Sa thèse : tu repères les bonnes entreprises dans ta vie de tous les jours, bien avant que Wall Street ne s’y intéresse. Dans son livre One Up on Wall Street, il raconte que sa propre femme a déniché un de ses meilleurs investissements (les collants L’eggs) en faisant simplement ses courses au supermarché.
Il décrit aussi le cas de l’enseigne The Limited. Pendant des années, un seul analyste suivait cette entreprise, alors qu’elle ouvrait des centaines de magasins remplis de clients. Le temps que Wall Street s’y intéresse vraiment, l’action avait déjà été multipliée par dix-huit.
C’est ce retard des professionnels que Lynch appelle le “Street lag”, le train de retard de Wall Street. Les institutions attendent souvent qu’une action soit validée par d’autres institutions avant d’oser l’acheter, et pendant ce temps, le particulier attentif a tout le loisir d’agir.
Maintenant, attention, je ne te dis surtout pas l’inverse : que le métier d’analyste ne servirait à rien. Parce que Lynch, justement, était les deux à la fois. C’était un analyste professionnel rigoureux, qui savait calculer une marge et un PER, et en même temps un curieux qui gardait les yeux ouverts dans la vraie vie. Son edge, c’était la combinaison des deux.
Tu l’auras peut-être compris, mais j’ai plutôt envie de devenir ce gars. 👇
Ce que ça change (et ce que ça ne change pas) pour toi
Jusqu’ici, j’étais surtout du côté “amateur curieux” : un particulier passionné qui lit, qui analyse, et qui partage. À partir du 1er juillet, je récupère l’autre moitié de l’équation : la rigueur, les réflexes et les outils du métier.
Mais (et c’est important pour moi) il y a une chose qui ne changera pas : ma philosophie. Je reste un investisseur quality, focalisé sur le très long terme, allergique au hype et aux promesses de gains rapides.
Je ne vais pas devenir un meilleur analyste du jour au lendemain, et je ne te promets surtout pas des analyses parfaites, ce serait malhonnête. Ce que je peux te promettre, en revanche, c’est de partager honnêtement ce que j’apprends de l’intérieur, la méthode, les bons réflexes, et mes erreurs comprises.
Il y a tout de même une chose sur laquelle je vais beaucoup gagner, et toi avec : la rigueur. Quand une analyse peut faire gagner ou perdre de l’argent réel, on ne se permet plus d’approximation. On vérifie chaque chiffre, on traque ses propres biais, on apprend à remettre en question ses idées au lieu de tomber amoureux d’elles. Ça, je compte bien le ramener dans chaque édition.
Une précision qui me tient à cœur, parce que la transparence compte vraiment pour moi car tout ce qui touche à mon travail restera strictement confidentiel. Jamais une information non publique ne se retrouvera dans une newsletter. Ce que je peux te transmettre, c’est une façon de raisonner, jamais des informations privilégiées.
Pour ce stage, j’ai même dû quitter mes montagnes et m’installer à Paris. Je me suis fait un setup sympa pour pouvoir te proposer du contenu de qualité après le travail. 👇
Et puisqu’on parle d’honnêteté, autant aller au bout. Décrocher ce genre d’expérience, ce n’est pas qu’une question de travail. Il y a une part de chance, de rencontres et de contexte que tout le monde n’a pas. Je suis bien placé pour savoir que des gens au moins aussi passionnés que moi n’auront jamais cette occasion, et je n’ai pas envie de faire comme si je l’avais méritée tout seul.
C’est aussi pour ça que Passiv Invest existe. Prendre ce que la finance garde trop souvent pour un petit cercle, et te le rendre accessible. Cette expérience ne va pas m’éloigner de toi, au contraire, j’ai envie de t’embarquer dedans.
Conclusion
Le 1er juillet n’a pas marqué le début d’une grande carrière ni quoi que ce soit du genre. Juste un changement de point de vue. Pendant longtemps, j’ai regardé la Bourse depuis les gradins. Là, je mets un pied sur le terrain, avec tout ce que ça implique de doutes et de choses à apprendre.
Ce qui ne changera pas, c’est l’essentiel : la même obsession de la qualité, la même envie de t’expliquer les choses simplement, et la même honnêteté quand je ne sais pas quelque chose. À partir de maintenant, je pourrai juste te parler de ce métier de l’intérieur, en gardant les pieds sur terre.
On en reparle très vite.
C’est déjà la fin… 😔
Merci de m’avoir lu jusqu’ici, j’espère que cette analyse t’a plu et t’a apporté de la valeur.
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À très vite ! 👋
Joris de Passiv Invest











La partie sur la chance vaut le détour ! Reconnaître qu'un résultat doit à des rencontres et à un contexte, c'est exactement la discipline qui manque le plus dès qu'on parle de performance. On attribue volontiers ses réussites à sa méthode et ses échecs au marché... 👏